Pourquoi les femmes obtiennent de meilleurs résultats que les hommes en bourse ?


Sommaire
3%. C'est l'écart de performance en bourse entre les femmes et les hommes en 2025, d'après les données à grande échelle de Trade Republic.
Si ce chiffre vous paraît anecdotique, il ne l'est pas du tout.
Pour vous en convaincre, prenons deux personnes bien connues de mes lecteurs : Jean-Michel, et Jacqueline DCA.
Tous les deux veulent préparer leur retraite. Tous les deux investissent 200€ par mois dès la fin de leurs études, pendant toute leur carrière, soit environ 42 ans.
Jean-Michel obtient 5% de performance par an. Bravo à lui. Avec 200€ par mois, son capital final sera de 330 000€ avec 100 000€ investis au total.
Jacqueline, elle, fait 3 points de performance en plus. Soit 8% par an. Et là, avec 200€ par mois, son capital final ne sera pas de 330 000€. Il sera de 760 000€.
Vous avez bien lu. Avec un écart de 3%, Jacqueline se retrouve avec 430 000€ de plus que Jean-Michel. L'équivalent d'une belle maison à la campagne.
Maintenant qu'on réalise à quel point cet écart est énorme, il faut se poser deux questions. Pourquoi les femmes qui investissent obtiennent-elles de meilleurs résultats que les hommes ? Et pourquoi restent-elles malgré tout bien moins nombreuses à le faire ?
On va le voir ensemble. Les réponses dépassent largement le cadre de l'investissement.
Moins de trading, plus de résultats
Pour comprendre d'où vient cet écart, j'en ai parlé directement avec Vincent Grard, le directeur France de Trade Republic.
Ce qu'il m'a dit, c'est que dans leurs données, les femmes détiennent 20% d'ETF supplémentaires dans leurs portefeuilles et utilisent les plans d'investissement programmés 9% plus souvent.
Deux informations intéressantes. Les femmes ont l'air de se diversifier davantage avec les ETF. Et plus d'investissements automatiques, ça traduit une volonté de moins intervenir. De laisser tourner la machine, et laisser les intérêts composés faire leur travail.
Bon. Une année, ça peut être une exception statistique. Est-ce qu'on a d'autres données pour confirmer ?
Trade Republic avait déjà partagé les données des années précédentes. En 2023 et 2024, les femmes affichaient déjà une performance supérieure d'environ 2% par an. Ce sont des performances réelles, sur plusieurs millions de clients. Les données commencent à être solides.
Et si on veut aller plus loin, avec des données académiques, on peut se tourner vers l'étude de référence : "Boys Will Be Boys", publiée en 2001 par deux chercheurs en finance comportementale, Barber et Odean.
Cette étude a montré qu'en moyenne, les hommes tradent 45% de plus que les femmes. Et c'est cette suractivité qui coûte cher. Plus on trade, plus on paie de frais. Plus on risque de mal timer ses entrées et sorties. Résultat : dans leurs données, les hommes sous-performent les femmes d'environ 1% par an.
Chez les célibataires, c'est encore plus marqué. Les hommes tradent 67% de plus que les femmes célibataires et sous-performent davantage.
Cette étude a depuis été confirmée par d'autres. Vanguard en 2020 a analysé 4 millions d'investisseurs particuliers. Leurs données montrent que les femmes ont une activité de trading jusqu'à 50% inférieure à celle des hommes.
Ce qu'il faut retenir : en moyenne, les femmes font moins d'erreurs. Et ça vient en partie d'une différence de comportement.

Compétition, ego et rapport au risque
Le marché boursier, c'est un environnement très difficile à appréhender pour notre cerveau. Il y a énormément de bruit, plein d'informations qui circulent partout. Et il est très facile de penser qu'en ayant fait quelques recherches, on a un avantage sur les autres investisseurs.
Parce que la bourse, c'est pas seulement un jeu de rendement. C'est aussi un jeu d'ego. D'avoir raison. D'être le plus rapide. Et c'est pour ça que la psychologie des investisseurs est si intéressante à étudier.
En 2021, trois chercheurs en économie comportementale (Schmidt, Friedl et Reck) ont publié une étude sur ce sujet. Ce qu'ils montrent, c'est qu'en moyenne, un homme serait plus sensible à sa place par rapport aux autres. Là où une femme serait, en moyenne, plus attentive à ce qu'elle gagne elle-même, indépendamment du classement.
Concrètement : quand on met les gens dans un contexte où le rang social compte davantage, les hommes prennent plus de risques. Et quand ce contexte disparaît, l'écart entre hommes et femmes a tendance à diminuer, voire à s'effacer complètement.
D'ailleurs, ça peut expliquer aussi pourquoi les hommes célibataires tradent encore plus dans l'étude de Barber et Odean. C'est cohérent.
Maintenant, la vraie question : est-ce que cette différence est innée ou acquise ?
Je romps le suspense tout de suite. L'ensemble des études récentes pointe vers une explication comportementale et sociale, plutôt que biologique.
Un exemple très simple. Un petit garçon et une petite fille grimpent tous les deux un peu trop haut dans un parc. Sans même s'en rendre compte, les parents ne réagissent pas toujours de la même façon. Au garçon, on dira peut-être davantage "vas-y, essaye, mais fais attention". À la fille, ce sera plus "arrête, tu te mets en danger pour rien".
C'est très cliché ce que je dis, et c'est pas du tout systématique. Mais répétés très tôt, ces signaux peuvent finir par façonner un rapport différent au risque.
Derrière, il y a un ensemble de facteurs qui se cumulent : l'éducation financière, la confiance dans ses compétences, le poids des stéréotypes. Et les modèles auxquels on s'identifie.
En termes de probabilités : si vos parents fument, vous aurez tendance à plus fumer. Si vos parents font du sport, vous aurez tendance à faire plus de sport. Si vos parents investissent, vous serez naturellement plus enclin à vous intéresser à l'investissement.
Et là, on touche à quelque chose d'important. La finance est encore aujourd'hui un monde majoritairement masculin. Ce qui crée une sorte de cercle vicieux. Moins de femmes investissent, donc moins de modèles pour les femmes, donc encore moins de femmes qui investissent.

Ce que dit le baromètre de l'AMF
L'Autorité des marchés financiers (AMF) a sorti en 2026 son baromètre de l'épargne et de l'investissement avec un focus spécifique sur les femmes. Plusieurs données intéressantes.
Les femmes ne sont que 24% à investir "en direct", contre 45% pour les hommes. En termes de répartition, 19% des femmes investissent via la bourse, 5% via les crypto-actifs et 5% via le financement participatif. Pour les hommes, dans le même ordre : 34%, 15% et 10%.
L'AMF le dit mot pour mot : "les femmes demeurent plus fréquemment averses au risque que les hommes et restent moins nombreuses à investir."
Si l'on prend une vision plus large, 48% des femmes ne détiennent aucun produit non garanti. 28% sont quand même investies, mais via une assurance vie, un plan épargne retraite ou salariale, et des placements en immobilier.
Ce qui est rassurant, c'est que lorsqu'on regarde la répartition par tranches d'âge, plus les femmes sont jeunes, plus elles investissent. 42% pour les moins de 35 ans, 26% pour les 35-54 ans, et 12% pour les 55 ans et plus. Preuve, peut-être, que l'éducation financière commence à faire son effet chez les jeunes.
Les catégories socio-professionnelles les plus favorisées (CSP+) investissent plus que les CSP-. Logique : plus le pouvoir d'achat est élevé, plus il est facile d'investir.
Je le répète : même si vos revenus ne vous permettent que de mettre 50 ou 100€ par mois, vous pouvez commencer à investir avec des néo-courtiers à partir de 1€.
En croisant les données, si on prend les jeunes femmes CSP+, 48% d'entre elles investissent. Mais ça reste inférieur aux hommes, qui eux sont à 64%.
Sur une note plus positive, je cite l'AMF :
"Si les écarts persistent entre les femmes et les hommes, on observe depuis trois ans un intérêt accru de la part des femmes pour la bourse et l'investissement. Elles sont plus nombreuses à rechercher de l'information sur la bourse et à s'y intéresser."
"En 2025, elles étaient 24% à déclarer détenir des investissements (bourse depuis un compte-titres ou un PEA, financement participatif ou crypto-actifs), après 23% en 2024 et 21% en 2023."
"Point notable : les femmes ne se distinguent plus des hommes concernant le recours aux conseillers professionnels qu'elles avaient tendance à solliciter davantage. Depuis trois ans, la part des Français disant décider seuls en matière d'épargne et de placements a augmenté et cette hausse s'explique intégralement par un changement d'attitude des femmes."
Même si c'est bien trop lent, la trajectoire va dans le bon sens. Et il y a une bonne raison de soutenir ce mouvement.

Femmes et retraites : pourquoi c'est si important
Les données de l'OCDE sur les pensions de retraite sont peut-être les plus importantes de tout cet article. Elles montrent les différences en pourcentage des pensions entre les femmes et les hommes dans les pays de l'OCDE, sur trois périodes : 2007, 2015 et 2024.
Quasiment partout dans le monde, l'écart des pensions entre les femmes et les hommes tend à diminuer. Mais il reste très élevé dans la plupart des pays.
En France, l'écart entre les montants des retraites chez les femmes et les hommes est de quasiment 30%. C'est beaucoup.
📖 A lire aussi : Investir pour sa retraite : faut-il s'y mettre ?
Cet écart s'explique par plusieurs facteurs : des carrières plus souvent interrompues, davantage de temps partiel, des écarts de salaire, mais aussi des effets de génération liés à un marché du travail historiquement moins favorable aux femmes.
Quoi qu'il en soit, en moyenne, les femmes ont moins de retraite que les hommes et vivent plus longtemps. Il est donc extrêmement important pour elles de la préparer activement. Et ça passe par l'investissement et la création de patrimoine.
Un clin d'oeil à ma femme Jacqueline DCA, qui me lit peut-être. Chaque mois depuis 3 ans, elle investit automatiquement, sans stress ni temps passé devant les écrans. Aujourd'hui, son portefeuille est à +39% en 3 ans. Comme quoi la discipline et la régularité, ça paye en bourse.

Pour aller plus loin
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